Edgar et Arthur dans la forêt enchantée: quand deux coqs géants choisissent la beauté plutôt que le combat
Deux toiles disponibles à la Galerie on Queen de Fredericton portent l'univers folk narratif de Pierre Martin à une nouvelle hauteur.
Il y a des tableaux qui attendent patiemment sur les cimaises. Et d’autres qui continuent de vivre avant même qu’on les accroche parce qu’ils portent déjà une histoire, un monde, une voix. Giant Rooster Edgar et Giant Rooster Arthur sont de ceux-là.
Ces deux acryliques sur toile, troisième épisode de la série « Enchanted Forest », sont actuellement disponibles à la Galerie on Queen de Fredericton. Sur fond de ciel bleu lavande, deux coqs monumentaux se font face dans une clairière où des épinettes montent à peine jusqu’à leurs ergots orangés. Leurs corps sont couverts de touches généreuses cobalt, bordeaux, or vif posées avec cette franchise directe qui est la marque de l’art folk à son meilleur.
Giant Rooster Edgar & Giant Rooster Arthur
10 x 20 inch
« Leur rencontre n’était pas un combat, mais une démonstration de puissance et d’élégance — un spectacle qui reflétait la magie et le mystère de la forêt enchantée. »
— Pierre Martin, récit accompagnant les œuvres
J’ai écrit le conte qui accompagne ces deux toiles comme je peins : d’un seul élan, en suivant les personnages là où ils veulent aller. Dans le cœur de la forêt enchantée, Jack le chat et Moody assistent en cachette à la rencontre solennelle des deux coqs géants. Ce qui aurait pu être un affrontement se révèle être une chorégraphie. Les coqs dansent, se répondent, s’admirent. Puis chacun retourne à son domaine, laissant derrière lui un sillage de lumière et de notes harmoniques. Jack, encore sous le charme, se tourne vers Moody : « As-tu déjà vu quelque chose d’aussi merveilleux ? » Même Moody, les yeux brillants, hoche doucement la tête.
Ce récit n’est pas une notice de musée. Il est consubstantiel à l’œuvre. Je ne peins pas des tableaux auxquels j’ajoute ensuite des histoires : je construis un univers où la peinture, le conte et l’image forment un tout. Edgar et Arthur ne sont pas deux coqs sur une toile. Ce sont des figures d’un monde folk cohérent et vivant, habité par des présences récurrentes dont Jack le chat et Pierrot qui reviennent de tableau en tableau, de conte en conte, comme des repères dans un territoire de l’imaginaire enraciné en Acadie et au Québec.
« Je ne peins pas pour illustrer des histoires. Je peins pour leur donner un corps.
Je ne raconte pas pour accompagner mes œuvres. Je raconte pour leur donner une voix.
Je n’anime pas pour ajouter un effet. J’anime pour prolonger leur présence. »
— Manifeste Pierre Martin Folk Art
Edgar et Arthur incarnent cette proposition de la façon la plus directe qui soit. Deux coqs géants qui auraient pu se battre, et qui choisissent de s’émerveiller l’un de l’autre. Le geste esthétique est aussi un geste éthique : la vraie force ne se démontre pas par la domination, mais par la capacité à inspirer. C’est la morale du conte. C’est aussi, je crois, ce que l’art folk a toujours su faire porter la mémoire des peuples non pas avec lourdeur, mais avec tendresse et éclat.
Les récits issus de l’Acadie et du Québec appartiennent pleinement au grand patrimoine symbolique du monde. La forêt enchantée d’Edgar et d’Arthur n’est pas une forêt générique : elle porte la mémoire des paysages habités, la lumière particulière des épinettes au crépuscule, la dignité tranquille des traditions transmises. Et dans l’angle de la toile d’Arthur, discret comme toujours, Jack le chat regarde. Il sera là dans le prochain tableau aussi.
Les légendes se construisent lentement, tableau après tableau, récit après récit. Celle des deux coqs géants de la forêt enchantée a maintenant un corps deux corps, même suspendus à Fredericton, qui attendent de trouver leur mur.
Disponibilité
Giant Rooster Edgar & Giant Rooster Arthur
Les deux œuvres originales sont disponibles à la Galerie on Queen, Fredericton, Nouveau-Brunswick. Pour toute information : Gallery on Queen


