Le trappeur de bois et le chant du fleuve
Dans les pas d’André Bourgault et les échos du folk art québécois
Texte et narration : Pierre Martin Folk Art
Le conte du trappeur
Le matin s’était glissé par la fenêtre de l’atelier, caressant les toiles et les sculptures d’une lumière dorée. Sur la table, entre un oiseau bleu et un chat qui s’étirait paresseusement, se tenait un homme taillé dans le bois. Son visage, buriné par le couteau d’un autre temps, portait le calme des forêts anciennes.
Jack le Chat, curieux, s’approcha et leva les yeux vers lui.
— Qui es-tu, grand silencieux? demanda-t-il.
Le bois craqua doucement avant de répondre :
— Je suis un trappeur. J’ai été façonné par les mains d’un homme qui comprenait le bois comme on comprend une langue. Il s’appelait André Bourgault, et il m’a donné l’âme d’un marcheur du Nord.
Jack hocha la tête.
— Tu as l’air d’avoir beaucoup vu.
— J’ai vu la neige avaler les chemins, j’ai senti les loups respirer derrière les arbres. Et j’ai vu des hommes simples devenir mémoire dans le bois de tilleul. André et ses frères sculpteurs donnaient forme au pays — pas celui des rois, mais celui des mains calleuses et des feux de cabane.
Jack ronronna, pensif. Le trappeur poursuivit :
— Chaque entaille dans mon corps est une histoire : la morsure du froid, le rire autour d’un poêle, la solitude du matin. Quand le couteau d’André m’a quitté, il m’a laissé son souffle. Depuis, j’attends qu’un artiste m’écoute à nouveau.
Pierre entra dans la pièce à ce moment-là. Il posa sa main sur l’épaule du trappeur. Le bois semblait tiède. Jack leva les yeux, amusé :
— On dirait qu’il respire.
Le trappeur répondit d’une voix à peine audible :
— Le bois respire toujours, tant qu’il y a des rêveurs pour l’entendre.
André Bourgault : la mémoire du bois, la main du peuple
Il y a des artistes qui sculptent des formes, et d’autres qui sculptent la mémoire.
André Bourgault faisait les deux.
Né à Saint-Jean-Port-Joli, il grandit dans un Québec où les mots passaient souvent par les gestes. Dans ce monde de terre et de bois, la parole des mains était une langue première. Le couteau remplaçait la plume : il écrivait des visages, des gestes, des métiers, tout ce qui racontait la dignité du peuple.
Avec ses frères Médard et Jean-Julien, André Bourgault bâtit bien plus qu’un atelier : il fit naître une école, celle du folk art québécois. À une époque où la modernité effaçait les traditions, il rappela que l’identité pouvait tenir dans un copeau de tilleul. Ses trappeurs, ses bûcherons, ses conteurs étaient les reflets d’un pays intérieur : celui du courage tranquille, du lien à la terre, du silence habité.
L’art de la sincérité
Dans les sculptures d’André Bourgault, rien n’est décoratif.
Chaque entaille respire la vérité du matériau. Le bois n’est pas dompté ; il est compris. On y sent la lenteur des hivers, la patience du travail, le respect de la main pour la matière. Il ne cherche pas à séduire, il cherche à demeurer.
Cette philosophie de la main rejoint directement l’univers Pierre Martin Folk Art.
Toi aussi, tu racontes par la matière : tes pinceaux, tes couleurs, ton humour et ta tendresse envers tes personnages sont les héritiers naturels de cette même écoute. Chez toi, le folk art n’est pas un style, c’est une attitude du cœur celle qui préfère l’émotion à la perfection, la mémoire à la mode.
Du trappeur au coq, du bois à la voix
Le trappeur d’André Bourgault pourrait croiser Pierrot le coq ou Jack le chat dans tes contes.
Ils viennent du même territoire imaginaire : celui où les objets parlent, où le quotidien devient mythe, où la nature n’est jamais décor mais partenaire de dialogue.
Chez Bourgault, le bois garde la parole des anciens. Chez toi, cette parole renaît en voix narrative — celle de Jack, de Pierrot, de la Corriveau, de ces figures qui traversent tes toiles et tes balados.
L’un et l’autre œuvrent à réenchanter le réel, à redonner aux choses simples la profondeur du merveilleux.
Le fleuve comme fil conducteur
Saint-Jean-Port-Joli, Moncton, Québec : le fleuve relie tout.
Il transporte les histoires, les accents, les légendes, comme un ruban de mémoire.
André Bourgault sculptait ce fleuve dans le bois ; toi, tu le peins dans tes paysages et tu le racontes dans tes contes.
C’est le même courant qui traverse vos œuvres : celui d’un folk art vivant, enraciné dans la terre et ouvert sur le monde.
Héritage et résonance
Aujourd’hui, les sculptures d’André Bourgault tiennent dans les musées, mais elles conservent cette chaleur des objets faits pour être tenus, touchés, partagés. Elles rappellent que la création populaire n’est jamais naïve : elle est le miroir du peuple qui résiste.
Dans ton œuvre, Pierre, cette résistance prend la forme du rêve.
Tes histoires, tes tableaux et tes voix conjuguent tradition et invention.
Tu fais vivre l’esprit d’André Bourgault à travers une autre matière — la couleur et le son — mais avec la même foi : celle que l’art du peuple n’est pas du passé, mais d’un futur.
Le bois respire.
Et tant qu’il respire, la mémoire du peuple respire avec lui.


