Réflexion: 1er juin 2025
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Le temps, la ressource oubliée
Pierre Martin
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1 hour ago
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On parle beaucoup, depuis quelques décennies, de développement durable. De l’importance de protéger notre planète, de soutenir notre économie, d’assurer le bien-être des générations futures. Et toutes ces préoccupations sont légitimes. Elles nous invitent à penser au-delà du présent, à inscrire nos gestes dans une logique de continuité et de respect.
Mais il y a une ressource dont on parle peu. Une ressource qui traverse pourtant chacune de nos décisions, qui influence nos rapports à l’économie, à l’environnement, à la collectivité… Une ressource qui ne fait pas de bruit, mais qui est la trame de tout ce que nous vivons : le temps.
Le temps est une richesse que nous avons tous en commun, mais que nous utilisons très différemment. Il peut être gaspillé ou magnifié, oublié ou chéri. Il peut nous échapper, ou nous libérer. Le temps ne se fabrique pas. Il ne se conserve pas. Il passe, inexorablement. Et pourtant, il est ce que nous avons de plus précieux.
Dans ma propre philosophie de vie — et dans mon rapport à la création, à l’art, au service public — j’en suis venu à croire que protéger et faire gagner du temps aux autres est un acte fondamentalement humain. Une forme de générosité, mais aussi de lucidité.
Parce que le temps, c’est ce qui permet les souvenirs. C’est ce qui permet l’amour. C’est ce qui permet de s’arrêter, de contempler, de raconter. Le temps, c’est ce que l’on garde quand tout le reste s’efface.
Il existe mille façons de protéger le temps des autres. On peut réduire les procédures inutiles, abattre le « red tape » administratif, améliorer les transports, repenser nos horaires, simplifier les règles. On peut aussi, plus humblement, décider de ne pas faire perdre le temps de ceux qu’on côtoie. Être à l’heure. Être clair. Être vrai.
Je crois qu’il est temps d’élargir notre définition du développement durable. La célèbre formulation des Nations Unies nous dit qu’il s’agit de « répondre aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. » Mais à cette définition, j’ajouterais volontiers une phrase :
« Et respecter le temps de chacun, aujourd’hui comme demain. »
Parce que si nous avons le devoir de protéger la nature, nous avons aussi celui de respecter ce qu’elle nous donne de plus mystérieux et de plus éphémère : une vie limitée dans le temps.
Et si le temps est limité, alors chaque instant compte.
Et si chaque instant compte, alors il faut créer, aimer, et vivre… avec attention.
Voilà ma définition du développement durable.
Elle tient aussi un autre mot : temps.
Pierre Martin


