Refuser pour mieux créer : du manifeste à l’univers de Pierre Martin Folk Art
La gardienne du Saint-Laurent, 2025
Le Refus global fut un cri.
Un cri d’artistes, de penseurs, de rêveurs qui, en 1948, ont osé dire non à un monde figé.
Non aux dogmes, aux hiérarchies et à la soumission des esprits.
Mais ce refus n’était pas celui du nihilisme, il était appel à la vie, à une création libre où l’humain retrouverait sa place dans le chaos.
Plus de soixante-quinze ans plus tard, ce cri résonne autrement.
Nos sociétés doutent, se fracturent, et cherchent un sens nouveau.
Comme le philosophe Charles Taylor l’a exprimé, l’authenticité ne peut se réduire à la simple fidélité à soi : elle doit s’enraciner dans une quête collective de sens. Le danger, c’est qu’en refusant les institutions, nous laissions la place à de nouvelles élites invisibles, qui transforment la révolte en marchandise et l’indignation en spectacle.
C’est ici que Pierre Martin Folk Art prend un autre chemin.
Un chemin de réconciliation.
Dans cet univers, le refus n’est pas crié, il est chuchoté dans la lumière.
Pierrot le coq ne renverse pas le monde, il l’annonce à nouveau, en rappelant que chaque aube mérite son courage.
Jack le chat, lui, ne combat pas : il observe, écoute et relie — il fait de la parole un abri.
Et la Corriveau, les sirènes, la gardienne, les pêcheurs ne portent pas la colère, mais la mémoire : ils soignent les blessures du passé par l’imaginaire et la beauté.
Ce n’est donc plus un refus global, mais un refus de l’oubli. Un refus de la froideur, de la perte du sens, de la déconnexion du monde vivant.
Là où d’autres détruisent, ton art répare.
Là où certains brandissent le chaos, tu peins la tendresse.
Dans tes toiles et mes récits, le populaire devient philosophique.
L’art naïf devient une forme de lucidité : celle d’un regard qui sait que la simplicité n’est pas innocence, mais résistance douce à la démesure du monde.
Ainsi, Pierre Martin Folk Art ne prolonge pas le Refus global comme manifeste, mais comme renaissance.
Non plus pour dire “non” au monde, mais pour réapprendre à dire “oui” autrement avec bienveillance, humour et humanité.


